Chute
mortelle dans la Main Courante - suite [Retour]
L’équipage de
Dragon, l’Alouette III de permanence,
arrive rapidement sur les lieux avec deux
secouristes, Fred et Pierre-Yves et un médecin,
Laurence. Le temps se dégrade rapidement
: des nuages se massent dans les combes
et le vent est glacial. Après une
rapide évaluation des conditions
aérologiques, l’équipage
de Dragon décide de déposer
un seul secouriste sur les lieux, après
avoir débarqué le reste de
l’équipage en contre-bas, de
façon à alléger au
maximum l’appareil.
Dans son fracas habituel
et après un bref appel radio, Dragon
revient chercher le médecin. En vol,
Manu fait signe à Laurence que notre
jeune victime est en arrêt cardiaque
et qu’il ne prendra pas le temps de
treuiller. L’appui-patin sera impossible
étant donnée la pente, et
il faudra donc sauter. Sur zone, Dragon
se positionne en vol stationnaire, et Laurence
prend pieds dans la pente, réceptionnée
par Fred. Elle s’enfonce dans la neige
jusq’aux hanches en récupérant
les sacs de réanimation, puis s’approche
de Pierre.
Après un rapide bilan
lésionnel faisant apparaître
que notre patient a bien plus qu’un
simple traumatisme crânien, l’équipe
débute une réanimation médicale.
Pierre est intubé, piqué,
scopé. Le combat dure plus de trente
minutes, dans des conditions très
difficiles. L’hélico revient
sur zone par deux fois, soulevant des tourbillons
de neige mais nous amenant des bras supplémentaires.
Les barres rocheuses se déchargent
de leur neige avec le vent, et le matériel
est recouvert de poudre en moins de temps
qu’il ne faut pour l’ouvrir.
Devant l’absence complète
de réponse aux diverses tentatives
de réanimation, décision est
prise à contre-coeur d’arrêter.
Tout le matériel est rapidement remis
dans les sacs, et le corps de Pierre est
installé dans la perche de secours.
Dragon revient treuiller l’équipe,
la perche est descendue en bout de treuil
sur les Sept-Laux et confiée au médecin
de la station devant la dégradation
des conditions métérologiques
et l’arrivée de la nuit.
Pierre, tu avais 20 ans,
et tu voulais faire de la montagne ton domaine.
Celle-ci, devant l’amour que tu lui
portais, a choisi une voie sans partage
: celle qui a fait qu’elle t’a
gardé pour elle-seule, pour la plus
grande tristesse des tiens.
Réflexions
Nous sommes loin ici
de la pratique irraisonnée du ski
hors-piste telle que les médias aiment
à la dépeindre. Il s’agit
d’un groupe de montagnards conscient
des risques qu’ils prennent, même
si la notion de prise de risque peut prêter
à discussion. Les conditions météorologiques
et nivologiques ont été étudiées
avec soins, l’équipement de
chacun est complet (pelle-Arva-sonde-matériel
technique et habillement), et les précisions
techniques avant d’aborder les passages
délicats reprécisées
sur place avant chaque traversée.
Il s’agit après de “l’Accident”...
Laurence Nivet
- Médecin urgentiste en montagne
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