- CHIMBORAZO et suite [Mail à son parrain Pierre Reboul]
- CAYAMBE l'échec [Mail d'Equateur]
- Texte rédigé par Pierre pour son cours de Littérature à l'UFRAPS
De : froment pierre
À : BOURRIOT-FROMENT <MJ.FROMENT@wanadoo.fr>
Date : vendredi 26 juillet 2002 12:42
Objet : Cayambe, l'échec

Nous sommes partis de Baños à 6h du matin pour le refuge du Cayambe. Transport en bus jusqu'au parking. Jo, Sylvain et moi choisissons la bétaillère (camionnette pour bœufs). Pendant plus d'une heure, on fait les cons sur les routes sinueuses menant au parking. Sylvain se met debout sur les barrières de la bétaillère et moi, pour faire une blague au chauffeur, je monte sur le toit, m'accroche à une barrière et fais balancer mes jambes sur le pare-brise. Sylvain me dit, "t'es marrant, mais t'es con quand même, tu t'excuseras". On arrive au parking, tout le monde descend, la bétaillère transportera jusqu'au refuge sacs et nourriture. Ouf ! 15 kilos en moins c'est toujours ça. Sylvain veut que tout le monde marche jusqu'au refuge. Tout le monde commence à partir, j'attends un peu, encore plongé dans un de mes rêves, puis j'y vais, juste devant Sylvain qui négocie avec Alberto, notre chauffeur, l'heure de RV. La bétaillère part avec tous les sacs, dedans un guide équatorien : Raffaël. Lorsqu'elle passe à côté de moi, je ne peux m'empêcher de sauter dedans. Raffaël est mort de rire. Il me dit de me cacher sinon les autres vont faire la gueule. 200m en dessous du refuge, la bétaillère cale : et merde, on doit monter tous les sacs !
Le soir Sylvain et Stéphane (le plus fort du groupe, même plus que Sylvain) vont faire une reconnaissance, je veux aller avec eux. Sylvain me dit : "reste ici, sinon demain tu vas couler ta bielle. » . Sympa, merci ! 2h plus tard, ils ne sont toujours pas là. Catherine la plus faible et la plus anxieuse du groupe commence à s'inquiéter. Il y a du brouillard et du grésil et ça fait 2h qu'ils sont partis. Je regarde à la fenêtre et vois la gore-tex orange fluo de Stéphane (la même qu’Ed Viesturs), pas de problème ! On mange et on va se coucher.
Dehors il ne fait pas beau, dans le refuge, la température est glaciale. Sylvain nous dit : « si je ne vous réveille pas, c'est qu'il fait mauvais ». Je m'enfile dans le sac à Xav*, ça va mieux. On entend le vent souffler. Jamais je n'avais vu de vent aussi fort. Quelques flocons passent à travers la toiture. Heureusement qu'on est dans le refuge à 4700m ! Dans la nuit, je me réveille, j'ai envie de pisser. Je regarde ma montre : 4h15. Merde, Sylvain aurait dû nous réveiller à 24h00 ! Je vais me recoucher en me disant : "C’est pas grave, il y a un jour de remplacement".
Au petit dej', Sylvain fait plusieurs propositions. On peut descendre aujourd'hui, ou demain et faire une demi-journée de visite à Quito et tenter le sommet. Puis on passe au vote. Ceux qui veulent rester et ceux qui veulent partir. Seuls Jo et moi voulons rester en espérant une éclaircie le lendemain, nous sommes plus optimistes, tous veulent descendre, ils sont pessimistes.
Sylvain, déçu aussi, lui qui n'a jamais fait le Cayambe,…pour rattraper le coup, nous emmène, Jo et moi, dans la tempête. Nous montons une heure et demie jusqu’à 5000m. Le vent nous couche par terre et me casse la tête avec son bourdonnement. Chaque pas dans la tempête demande plus de concentration, c'est très pénible et très fatigant, on s'enferme dans un monde où une seule chose compte, où l'on ne pense qu'à soi, qu'à résister, on a envie de se laisser tomber et d'abandonner, mais quand on réfléchit, il n'en est pas question. Je penche la tête pour regarder où je mets les pieds, nous sommes sur le glacier. Quand je relève ma tête, je distingue 2 silhouettes au loin dans le brouillard. MERDE ! Je gueule, le plus fort possible, à plusieurs reprises. Celui de derrière se retourne, la neige est relativement dure et ne laisse pas de trace de pas.
C'est bon, ils m'attendent. Sylvain passe la main sur mon masque de ski. La buée est enlevée. C'est pour cela que je ne voyais rien, même pas à 5 mètres devant. Sylvain veut qu'on s'arrête et qu'on revienne, on n'est de toute façon pas équipé pour aller plus loin. Jo rentre dans une rage folle comme j'avais jamais vu, lui qui est si calme. Il ne conteste pas l'avis de retour de Sylvain, mais il en veut au groupe d'avoir pris cette décision : " ON EST AVEC UNE BANDE DE TOURISTES ALCOOLOS QUI NE PENSENT QU'À SE NETTOYER LA GORGE. NOUS, ON EST ICI POUR FAIRE DE LA MONTAGNE, PAS POUR PICOLER. S’ILS VOULAIENT FAIRE DU TOURISME, ILS N'AVAIENT QU'A S'INSCRIRE DANS UN CIRCUIT RELAX, PAS GRANDE FORME ". Très calmement, Sylvain lui dit que les gens ont eu leur dose, qu'ils sont fatigués et qu'ils ne s'acharnent pas comme nous sur les sommets, que même s’ils sont plus forts physiquement, ils n'ont pas la même teigne que nous. Il utilise un autre argument : "vous êtes en vacances, pas eux, la plupart reprennent le boulot lundi, c'est normal qu'ils souhaitent se reposer". Très énervés et assourdis par la tempête, on entame la descente et nous nous promettons de faire un autre projet pour l'été prochain.
Le soir on est à Quito. Ce matin, nous avons visité une partie de la ville. Une perturbation s'est installée sur tout l'Equateur, on n'aurait même pas pu faire le CHIMBORAZO, alors dans un sens, on est moins déçu, on n’en veut plus aux autres du groupe. On a quand même fait le COTOPAXI qui culmine à 5897m et l'ILLIZINA NORTE à 5125m. Même si on n’a pas eu le Chimbo, nous sommes quand même fiers de nous. Puis comme dit Sylvain, « des gars de 16-17 ans à cette altitude, ça promet pour l'avenir ». Voilà, il est midi et demi, et je dois vous laisser car Jose Luis, nous a invités, - seulement Jo et moi - à manger chez lui. Nous avons déjà beaucoup parlé de l'histoire de l'Equateur.

À dimanche
Pierre

 

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