| Témoignage
de Jacques Bourriot Nous
avons notre peine, nos larmes mais aussi
la joie d’avoir partagé des
moments avec Pierre, d’apprécier
son humour si particulier, fait d’innocence,
de générosité, de tendresse.
Son âme s’est
envolée dans ses hautes montagnes.
Mais il ne nous oublie pas. Il nous envoie
une flamme, sa flamme, qui va au fond du
cœur de chacun d’entre nous qui
l’aimons. Oh ! bien sûr, c’est
une toute petite flamme de 20 ans seulement,
mais elle pétille de lumière.
Elle est sa présence en nous et Pierre
nous l’envoie pour nous éclairer
dans le noir, pour réchauffer nos
cœurs dans la tristesse.
Sa maman, son papa, sa famille, nous souhaiterions
que cette petite flamme soit aussi un guide
pour ceux qui, en montagne, veulent aller
trop loin, trop vite, trop haut.
Je suis son Oncle. Je travaille
dans le milieu de la montagne et des avalanches.
Mon fils, Raphaël, a connu dans la
même semaine, la disparition du frère
de son ami Quentin, le 1er janvier, dans
une avalanche à St Colomban Les Villards
et de son cousin, Pierre, le 5 janvier.
N’est-ce pas trop de peines pour quelques
moments d’ivresse ? Cela n’arrive
pas qu’aux autres ! Nous avons des
visages, des noms.
En tant que responsables, nous voudrions
vous dire :
“ Faites attention quand vous faites
des “ signatures ” sur des pentes
soit disant vierges ”.
Désintoxiquez vous et apprenez à
regarder la montagne autrement que par des
prises de risques. Un 3 000 m, un 5 000
m, un 7 000 m ne sont que des nombres. La
beauté de la montagne dépend
- elle donc de ces valeurs ?
Prendre des risques, je dis prendre des
risques, cela n’a aucune valeur de
reconnaissance et de supériorité.
Ce n’est qu’un mélange
d’égoïsme, d’orgueil
et de satisfaction de son ego, qui peuvent
vous coûter la vie, - voire même
celle de ceux qui chercheront à vous
secourir - et attrister les vôtres.
Ne dîtes pas que vous assurez, laissez
cela aux experts des assurances. Ne dîtes
pas que vos risques sont calculés.
Ce sont des risques et la nature ne se calcule
pas. Tous les mathématiciens et chercheurs
des centres d’études de la
neige et des avalanches ne sont pas parvenus
à une statistique de probabilité
fiable, alors qu’est ce qui vous fait
croire que vous, vous le pouvez ?
Ce n’est pas parce que vous êtes
passés le matin que le risque ne
peut pas survenir dans l’après-midi.
Un risque d’avalanche de 3 sur 5 n’est
qu’une valeur indicative pour une
zone de massifs, mais n’oubliez pas
que le risque peut-être de 5 sur 5
dans la combe que vous voulez signer. Ne
laissez pas la chance guider votre destin.
80 à 85% des accidents
de montagne arrivent à des garçons
de 20 à 24 ans. Pourquoi les garçons
cherchent – ils à se prouver
quelque chose ?
Exaltation de liberté
? Ne soyez pas esclave d’une dose
d’adrénaline, de “ pof
” dont vous pourriez devenir accro.
Celui qui prend des risques a peur de perdre
la face, de regarder jusqu’au bout
les conséquences de ses actes.
Celui qui sait reculer devant
trop de risques, celui qui dissuade ses
amis de s’aventurer en zone à
risques, celui qui respecte sa vie…
eh bien ! celui là il est le plus
fort.
Et puis je terminerai en
soulignant que quand vous êtes en
groupe, restez lucides et objectifs. Au
moment de décider d’un passage,
d’une voie, souvenez vous que vous
n’avez pas tous le même niveau
de pratique de la montagne, de conditions
physiques. Pensez aux autres, pas à
vous !
Si vous aimez Pierre, faites
en sorte de respecter sa mémoire,
ces quelques phrases. Entretenez sa petite
flamme et restez en vie !
Jacques BOURRIOT
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